Commerçant au grand marché de Roodo Woko, Yindé a comparu, le mercredi 28 octobre 2026, devant la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I pour des faits de vols multiples au préjudice de son voisin de boutique. Il a reconnu les faits.
Sam et Yindé sont tous deux commerçants au grand marché de Roodo Woko. Voisins de boutique, ils exercent leurs activités commerciales côte à côte. Pourtant, derrière cette proximité professionnelle se cachait une situation que Sam était loin d'imaginer.
Depuis plusieurs mois, ce dernier constatait des disparitions répétées d'argent dans son coffre-fort installé à l'intérieur de sa boutique. Le plus troublant était que, chaque fois, le coffre-fort semblait avoir été correctement fermé. Malgré cette précaution, des sommes importantes disparaissaient progressivement.
Face à ces pertes financières qui se chiffraient à plusieurs millions de FCFA, Sam décide d'installer des caméras de surveillance dans sa boutique afin de découvrir l'origine des disparitions.
Un jour, après avoir constaté une nouvelle disparition d'argent, il décide de visionner les images enregistrées par les caméras. À sa grande surprise, les vidéos désignent son voisin de boutique, Yindé, comme l'auteur des soustractions.
La police est alors informée. Yindé est interpellé, puis placé en détention à la MACO. C'est pour répondre de ces faits qu'il comparaît à la barre, ce mercredi 28 octobre 2026.
« Je me suis fait établir la doublure des clés du coffre-fort du voisin »
Invité par le tribunal à expliquer comment les faits se sont déroulés, le prévenu reconnaît les vols et livre son mode opératoire.
« Je me suis fait établir la doublure des clés du coffre-fort du voisin Sam pour soutirer, à plusieurs reprises, de l'argent », déclare-t-il.
Comment parvenait-il à accéder à la boutique et au coffre-fort ? Le prévenu explique avoir fait reproduire les deux clés : celle de la boutique et celle du coffre-fort.
« Je revenais vers 18 h pour y accéder », précise-t-il.
Interrogé sur le montant total des sommes dérobées, Yindé affirme ne plus se souvenir du nombre exact de ses opérations.
« La première fois, j'ai retiré la somme de 80 000 FCFA. Je ne sais pas combien de fois j'ai opéré, mais le plus gros montant, c'est 150 000 FCFA », explique-t-il.
Qu'a-t-il fait de l'argent ainsi soustrait ? Le prévenu indique avoir utilisé les sommes pour prendre en charge les soins d'un malade. Il reconnaît toutefois que l'argent n'est plus disponible.
Le tribunal insiste alors pour connaître la période de début des intrusions. Yindé situe ses premières opérations en 2025.
« C'est en 2025 que j'ai commencé les intrusions dans la boutique du voisin. Je n'y rentrais pas tous les jours », précise-t-il.
« J'ai payé des motos à des filles et une moto pour ma femme »
À son tour, le procureur cherche à connaître les circonstances dans lesquelles le prévenu accédait à la boutique.
« À quel moment vous vous introduisiez dans la boutique ? »
« C'est aux environs de 18 h que je pénétrais dans les lieux, après la fermeture du marché », répond Yindé.
Était-il seul à rester dans le marché après sa fermeture ? Le prévenu soutient qu'il n'était pas le seul commerçant à y demeurer.
Revenant sur l'utilisation de l'argent dérobé, le procureur obtient une autre précision du prévenu.
« J'ai payé des motos à des filles et une moto pour ma femme », reconnaît-il.
Le juge l'interroge ensuite sur ses capacités de remboursement.
« Comment comptez-vous rembourser la victime ? »
« Je suggère qu'on me libère et je vais m'engager à lui verser mensuellement 300 000 FCFA », propose-t-il.
Le tribunal cherche également à savoir où les clés avaient été reproduites. Yindé indique s'être rendu à Kamsonghin et à Wentenga pour faire dupliquer les clés.
« C'est en visionnant les vidéos que j'ai découvert que mon voisin me volait »
Appelé à la barre pour donner sa version des faits, Sam raconte les circonstances dans lesquelles il a découvert les vols.
« Le voisin est un commerçant comme moi. À un moment donné, j'ai commencé à perdre de l'argent de façon incompréhensible. Un jour, après avoir reçu de l'argent, je l'ai conservé dans mon coffre-fort. Le lendemain, après décompte, il manquait 300 000 FCFA. J'ai alors décidé d'installer une caméra de surveillance parce que je perdais beaucoup d'argent. C'est ainsi que j'ai découvert, dans les vidéos, que c'était mon voisin qui me volait », explique-t-il.
Le tribunal lui demande pourquoi il préférait conserver son argent dans un coffre-fort plutôt que de le déposer dans une banque.
Sam répond que son intention était de réunir une certaine somme avant de procéder à un versement bancaire. Il estimait que son coffre-fort offrait suffisamment de sécurité pour conserver provisoirement son argent.
Invité à réagir aux déclarations de la victime, Yindé affirme qu'il avait envisagé de mettre fin à ses agissements, mais que la maladie de son père l'avait poussé à poursuivre les vols.
La victime réclame plus de 20 millions FCFA
Dans sa plaidoirie, l'avocat de la victime revient sur le mode opératoire du prévenu. Selon lui, Yindé a procédé à la reproduction frauduleuse des clés de la boutique et du coffre-fort de son client afin de s'emparer de son argent.
Il souligne le caractère répété des intrusions et des soustractions, dont le montant total est évalué à 20 785 000 FCFA.
Pour le conseil de la victime, la culpabilité du prévenu ne fait aucun doute au regard des faits exposés et de ses propres aveux.
Se constituant partie civile, il sollicite la condamnation de Yindé au paiement de 20 785 000 FCFA à titre de dommages et intérêts. Il réclame également 605 000 FCFA au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Le parquet requiert 24 mois de prison ferme
Dans ses réquisitions, le ministère public rappelle que Yindé est poursuivi pour des faits de vols multiples commis dans la boutique de son voisin immédiat, au grand marché de Roodo Woko.
Le procureur relève que le prévenu a fait reproduire les deux clés, celle de la boutique et celle du coffre-fort, afin d'accéder aux lieux et de soustraire de l'argent à plusieurs reprises.
Il souligne également que Yindé a reconnu les faits qui lui sont reprochés.
Au regard de ces éléments, le ministère public demande au tribunal de le maintenir dans les liens de la prévention, de le déclarer coupable et de le condamner à 24 mois d'emprisonnement ferme ainsi qu'à une amende de 500 000 FCFA ferme. Il sollicite également que les condamnations soient assorties de la contrainte judiciaire.
Yindé condamné à 60 mois de prison, dont 36 mois ferme
Dans sa décision, la chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Ouaga I déclare Yindé coupable des faits de vols multiples mis à sa charge.
En répression, elle le condamne à une peine d'emprisonnement de 60 mois, dont 36 mois ferme, ainsi qu'à une amende ferme de 1 000 000 FCFA.
Sur le plan civil, le tribunal reçoit la constitution de partie civile de Sam et la déclare bien fondée. En conséquence, il condamne Yindé à lui payer la somme de 20 785 000 FCFA à titre de dommages et intérêts, outre celle de 605 000 FCFA au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
Le tribunal ordonne l'exécution provisoire des condamnations civiles prononcées et fixe la durée de la contrainte judiciaire à 12 mois.
Image illustrative
Par Ibrahim Cissé | Zoodomail.bf
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